PROTOCOLE CAPTIRALL
Professeur André BARUCHEL – Hôpital Robert Debré
Programme soutenu par les Journées Nationales contre la Leucémie et Aline en lutte contre la Leucémie

Le Protocole CAPTIRALL : deuxième injection de cellules CAR-T (Kymriah®) à partir des cellules T modifiées encore stockées, associée au nivolumab (Opdivo®) chez les enfants, adolescents et jeunes adultes atteints de leucémie aigüe lymphoblastique B.

Les leucémies aigües lymphoblastiques sont un cancer de la moelle osseuse stoppant la fabrication d’une catégorie des globules blancs qui composent le système immunitaire, les lymphocytes. Il s’agit du cancer le plus fréquent chez l’enfant et chaque année 400 nouveaux cas sont diagnostiqués en France. La grande majorité des enfants guérissent maintenant grâce à une combinaison de chimiothérapies.
Dans certaines situations de résistance aux chimiothérapies ou à la greffe de moelle, les enfants porteurs d’un certain type de leucémie aigüe lymphoblastique, dite B, peuvent bénéficier d’une injection de cellules dites CAR-T Cells. Il s’agit de leurs propres cellules du système immunitaire (lymphocytes T) prélevées dans leur sang puis génétiquement modifiées afin de reconnaître et détruire les cellules leucémiques. Ceci est obtenu après une seule injection.
Cette technique a révolutionné le traitement des formes les plus difficiles à traiter (rechutes multiples ou d’emblée résistance à la chimiothérapie), même si des échecs existent.
En effet, un problème majeur est celui de la persistance de ces cellules dans l’organisme qui doit être la plus longue possible. A titre d’exemple, la première enfant traitée il y a 10 ans aux USA et considérée guérie, a toujours ces cellules présentes de même que la première enfant traitée en France à l’hôpital Robert Debré il y a presque 6 ans.
C’est pourquoi, après injection de ces cellules, une fois la maladie devenue indétectable, on suit de manière régulière la persistance de ces cellules modifiées par des prises de sang. Lorsque ces examens montrent une disparition des cellules CAR-T, alors que l’injection a été réalisée il y a moins de 6 mois, le risque de rechute de la leucémie devient très important.
Notre étude, CAPTIRALL, propose de réaliser alors une deuxième injection de cellules CAR-T (Kymriah®) à partir des cellules modifiées, encore stockées, et de l’associer à un médicament appelé Nivolumab (Opdivo®). Ce médicament est très largement utilisé en cancérologie adulte et a déjà été évalué dans le cadre d’essais cliniques chez l’enfant avec une bonne tolérance. Il a déjà été utilisé en association aux cellules CAR-T chez quelques jeunes patients, sans augmentation des effets secondaires liés aux cellules CAR-T. Ce médicament, administré par une perfusion toutes les deux semaines, pendant 2 à 12 mois, pourrait favoriser la réinstallation, puis la persistance des cellules CAR-T dans l’organisme. Le but ultime est donc de prévenir une rechute de la maladie.
Enfin, cette étude, qui sera effectuée chez une vingtaine de patients, permettra de déterminer le meilleur moment pour débuter le Nivolumab (Opdivo®) par rapport à l’injection des cellules CAR-T afin d’obtenir la meilleure efficacité sans effet secondaire sévère.
Parallèlement à cette étude clinique, des recherches complémentaires sur les CAR-T cells seront effectuées en laboratoire pour comprendre pourquoi elles se réinstallent ou non grâce à ce médicament et quelles sont alors leurs caractéristiques.
Après obtention d’un financement de la partie clinique par le Programme Hospitalier de Recherche Clinique en janvier 2020, l’autorisation de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), du Comité de Protection des Personnes (CPP) et l’accord final des deux industriels en 2022, cet essai dont le promoteur est l’Assistance Publique -Hôpitaux de Paris (APHP), devrait démarrer au plus tard en Juillet 2022 dans 6 centres français.
Les financements supplémentaires, en particulier associatifs, ont pour but d’améliorer la compréhension des succès éventuels mais aussi des échecs de cette nouvelle combinaison thérapeutique.

Professeur André Baruchel, investigateur principal
Dr Marie Emilie Dourthe & Dr Audrey Grain, coordinatrices cliniques
Service d’Hémato-Immunologie,
Hôpital Universitaire Robert Debré (APHP) et Université Paris Cité

Mai 2022